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Socio-histoire de l'observation statistique de l'altérité

  • Autour de 1990 en France et de 2005 en Allemagne, deux nouvelles catégories sont introduites dans le champ de la statistique de la population. Toutes deux, « immigré » et « Person mit Migrationshintergrund », font appel au registre de la migration pour qualifier un groupe de population. Notre analyse montre que ces deux événements sont révélateurs d’un changement de signification des catégorisations statistiques de la migration dans les deux pays, de la description de la mobilité vers l’observation de l’altérité de la population, changement lié au contexte de la politique publique dite d’« intégration » qui se développe en France et en Allemagne dans les années 1990-2000. La thèse interroge ainsi la manière dont la statistique rend la migration socialement pertinente pour construire l’altérité. Pour pouvoir comprendre le virage entrepris dans les nomenclatures statistiques et le resituer dans une perspective de longue durée, nous avons postulé qu’il fallait aller chercher dans l’histoire de la statistique ce qui avait tenu lieu deAutour de 1990 en France et de 2005 en Allemagne, deux nouvelles catégories sont introduites dans le champ de la statistique de la population. Toutes deux, « immigré » et « Person mit Migrationshintergrund », font appel au registre de la migration pour qualifier un groupe de population. Notre analyse montre que ces deux événements sont révélateurs d’un changement de signification des catégorisations statistiques de la migration dans les deux pays, de la description de la mobilité vers l’observation de l’altérité de la population, changement lié au contexte de la politique publique dite d’« intégration » qui se développe en France et en Allemagne dans les années 1990-2000. La thèse interroge ainsi la manière dont la statistique rend la migration socialement pertinente pour construire l’altérité. Pour pouvoir comprendre le virage entrepris dans les nomenclatures statistiques et le resituer dans une perspective de longue durée, nous avons postulé qu’il fallait aller chercher dans l’histoire de la statistique ce qui avait tenu lieu de classification principale de la population, en lieu et place des nouvelles catégories inventées au tournant des XXe et XXIe siècles. Nous nous sommes donc interrogée sur la genèse et l’institutionnalisation des catégories de l’altérité et de la mobilité dans la période 1880-1914, alors que la France et l’Allemagne, à l’époque le Deutsches Kaiserreich, se constituent en États-nations et en empires coloniaux. Pour observer ces processus empiriquement, nous avons choisi de comparer les pratiques de catégorisation de l’altérité et la mobilité (1) en France et en Allemagne, (2) à deux périodes différentes, 1880-1914 et 1990-2010, et (3) dans le contexte métropolitain et colonial. L’analyse socio-historique comparée d’après la méthodologie de la comparaison en contexte a reposé sur une asymétrie assumée entre les deux périodes étudiées : tandis qu’il s’agissait de reconstruire la genèse des catégories « immigré » et « Person mit Migrationshintergrund » à deux moments distincts temporellement en France et en Allemagne, l’analyse de la période 1880-1914 a consisté à mettre au jour ruptures et continuités historiques des principes de classification sur l’ensemble de la période dans une perspective croisée. La démarche n’est ni chronologique ni rétrospective : elle contraste deux configurations historiques pour tenter d’identifier des ressemblances et des différences. Nos résultats montrent qu’entre 1880 et 1914, la catégorie de migration est majoritairement associée à un phénomène de mobilité dans les discours politiques et statistiques. À cette époque, la focale se porte sur l’émigration, redéfinie comme un déplacement géographique en dehors des frontières de la nation et de l’Empire. Le transport des « émigrants », catégorie de population qui nourrit le débat et les tableaux statistiques, fait l’objet des problématisations politiques. Les statistiques relatives à l’émigration comme mobilité étaient alors séparées de l’observation de la composition de la population, à travers le critère de la nationalité dans le contexte métropolitain et des schémas « raciaux » dans le contexte colonial. En 1990 en France et 2005 en Allemagne, le registre de la migration est mobilisé cette fois pour observer statistiquement la composition de la population. Nos résultats ont permis de mettre au jour trois principes de construction de l’altérité dans les deux pays et dans les deux périodes étudiées : un principe national, un principe colonial et un principe migratoire. La thèse développe ainsi une approche renouvelée des interactions entre observation statistique et politique publique, en testant empiriquement sur le terrain des statistiques relatives à la migration l’hypothèse de la « circularité du savoir et de l’action » mise au point par Alain Desrosièresshow moreshow less
  • Around 1990 in France and 2005 in Germany, two new categories were introduced in the field of population statistics. Both “immigré” and “Person mit Migrationshintergrund” use the semantics of migration to describe a population group. My analysis shows that these two events reveal a shift in the meaning associated to migration in statistical categories in both countries. The meaning of the category changes from a mere description of mobility to the ascription of otherness within a population, a change linked to the so-called integration policy that is developing in France and Germany in the years 1990-2000. The analysis reveals the way in which statistics make migration socially relevant to the construction of otherness. The thesis thus develops a renewed approach to the interactions between statistical observation and public policy, by empirically testing the hypothesis of the “circularity of knowledge and action” developed by Alain Desrosières. These shifts in statistical nomenclatures can only be understood if we adopt a long-termAround 1990 in France and 2005 in Germany, two new categories were introduced in the field of population statistics. Both “immigré” and “Person mit Migrationshintergrund” use the semantics of migration to describe a population group. My analysis shows that these two events reveal a shift in the meaning associated to migration in statistical categories in both countries. The meaning of the category changes from a mere description of mobility to the ascription of otherness within a population, a change linked to the so-called integration policy that is developing in France and Germany in the years 1990-2000. The analysis reveals the way in which statistics make migration socially relevant to the construction of otherness. The thesis thus develops a renewed approach to the interactions between statistical observation and public policy, by empirically testing the hypothesis of the “circularity of knowledge and action” developed by Alain Desrosières. These shifts in statistical nomenclatures can only be understood if we adopt a long-term perspective. It is necessary to look at the history of statistics and to compare how populations have been classified differently over time in order to understand the new categories invented at the turn of the 20th and 21st centuries. We therefore question the genesis and institutionalization of the categories of otherness and mobility in the period 1880-1914, during the formation of France and the German Kaiserreich as nation states and colonial empires. To observe these processes empirically, we chose to compare the practices of categorization of otherness and mobility (1) in France and Germany, (2) at two different time periods, 1880-1914 and 1990-2010, and (3) in the metropolitan as well as colonial context. The analytical foci in both periods are slightly different. For 1990-2010, the aim was to reconstruct the genesis of the categories “immigré” and “Person mit Migrationshintergrund”, whereas the analysis of the period 1880-1914 consists of uncovering historical ruptures and continuities in the classification principles over the entire period. The approach is neither symmetrical, nor chronological: it contrasts two historical configurations in an attempt to identify similarities and differences. Our results show that between 1880 and 1914, migration as a category was mostly associated with a mobility phenomenon in political and statistical discourse. At that time, the focus was on emigration, redefined as a geographical outward movement, i.e. people leaving the borders of the nation and the Empire. The transport of “emigrants”, a category of population that fueled public debate and statistical tables, was constructed as a political problem. Statistics on emigration were then separated from the observation of the composition of the population. In the metropolitan context, this happened through the introduction of the criterion of nationality and in the colonial context through “racial” patterns. In 1990 in France and 2005 in Germany, migration semantics were then used to statistically observe the composition of the population. Our results reveal three principles along which the construction of otherness takes place in the two countries and in the two time periods studied: a national principle, a colonial principle and a migratory principle. These findings remind us that statistics are never neutral but always steeped in their socio historical and political context – an important aspect to remember especially in times when migration policies are again a topic high on the agenda of public debates and policy makers.show moreshow less

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Metadaten
Author:Léa Renard
Subtitle (French):Principes de classification coloniale, nationale et migratoire en France et en Allemagne (1880 - 2010)
Referee:Theresa WobbeGND, Matthias KoenigORCiDGND
Advisor:Martine Kaluszynski, Theresa Wobbe
Document Type:Doctoral Thesis
Language:French
Year of Completion:2019
Publishing Institution:Universität Potsdam
Granting Institution:Universität Potsdam
Date of final exam:2019/04/04
Release Date:2020/02/28
Tag:France; migration; statistics
France; migration; statistiques
Page Number:590
Organizational units:Wirtschafts- und Sozialwissenschaftliche Fakultät / Sozialwissenschaften
Dewey Decimal Classification:3 Sozialwissenschaften / 30 Sozialwissenschaften, Soziologie / 300 Sozialwissenschaften